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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/317

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le plus noble, trouverait encore aujourd’hui de dignes adeptes. Rodrigue et Roméo, que l’on invoque contre nous, ont dans l’ombre plus d’un frère inconnu. Non’les jeunes gens ne sont pas les seuls coupables de ces abaissements passagers.

Doit-on leur attribuer davantage la déchéance de la passion civique, autrefois si féconde ? Même dans les rangs de la jeunesse studieuse, beaucoup semblent las de l’action. D’ailleurs, qui sait si la plus sûre des propagandes n’est pas d’instruire et d’enseigner ? Puis ce dégoût prématuré qui de jour en jour fait place à une initiative d’autant plus énergique qu’elle a été plus longuement méditée, ce dégoût est venu du triste spectacle dont nos jeunes regards avaient été obsédés. Nous avons grandi dans un monde où, pour renchérir sur le vce victis, on s’ingéniait à siffler les vaincus. Les convictions politiques, les serments, la légalité, chimère ! Presque tous ont vu tenir au grand soleil et comme sur la place publique cette détestable école d’immoralité ; ceux qui en ont répudié les enseignements ont vaincu plus de difficultés que nos pères : ils se sont créés citoyens.

Certaines apparences plaident encore contre les jeunes gens. J’admets qu’un assez grand nombre d’entre nous, moins expansifs que je ne le voudrais pour ma part, ne recèlent leur passion que sous un extérieur froid et réservé. C’est qu’ils se tiennent sur la défensive. Nous en connaissons beaucoup, de ces jeunes stoïques, qui dérobent leurs émotions avec une pudeur altière, avares de leur sensibilité, prodigues seulement