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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/312

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suffiraient pour inspirer à une génération cette confiancehonnête, bien différente de la présomption, qu’on est venu déraciner, cette confiance qui n’est autre que l’énergie de la vertu et l’instrument de l’héroïsme. Un apologiste qui la défende et qui proclame ses qualités réelles, voilà [ce qu’il faut à la jeunesse. Qu’on nous permette d’usurper un moment ce rôle.

Notre génération n’est pas une, et ne peut être jugée d’ensemble. Il y a vraiment deux jeunesses aussi étrangères l’une à l’autre que deux peuples irréconciliables. L’une mérite tous les reproches intentés à nos contemporains ; l’autre, sans être à l’abri de ces reproches, jette dans la balance le poids de qualités qui sont bien à elle. Séparez la jeunesse studieuse de la jeunesse oisive. Cherchez l’une sur le chemin du bois, dans les méandres des coulisses, aux premières représentations des petits théâtres ; vous la rencontrerez infailliblement, cette fausse jeunesse, partout où la pensée s’avilit, où le corps s’énerve, où l’intelligence se déprime. L’autre, la vraie jeunesse, la seule avec laquelle comptent ces vétérans du devoir et de la chose publique qui sont nos maîtres, n’est point une’minorité impuissante. Elle est phalange, elle est légion ! Elle peuple les écoles de droit et de médecine, elle se groupe aux écoles polytechnique et normale, elle se presse aux conférences littéraires, politiques, économiques. C’est elle qui demande de préférence à l’histoire le secret de ce duel séculaire entre le droit et la force qui n’est pas encore terminé. Sa sympathie n’a fait défaut à aucune des œuvres où le talent se présentait