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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/311

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la quiétude lui serait mortelle. Le poëte antique pensait à elle quand il déclarait le sommeil frère de la mort. La jeunesse d’un pays s’arrêtant tout à coup dans l’immobilité, comme prise de léthargie, ce serait l’avenir tué en germe et le progrès supprimé. C’est donc une fonction toujours utile que de venir réveiller et aiguillonner cette jeunesse trop complaisante pour elle-même, prompte à se satisfaire, prête à s’admirer. Lui signaler à propos les dangereuses inclinations qui l’entraînent de tel ou tel côté, ce n’est rien moins que ramener toute une génération incertaine sur la route où se trouvent la grandeur solide et la vraie gloire. Comme le patriciat romain nous avons besoin de censeurs qui se relayent et ne nous permettent pas de nous engourdir dans une fatale confiance.

Mais, après nous avoir fait le procès que nous méritons, il serait bon qu’un sage conseiller de la jeunesse contemporaine se retournât contre nos adversaires passionnés et leur demandât compte de leur hostilité systématique. Au réquisitoire dressé contre nous succéderait un plaidoyer en notre faveur. Un tel revirement aurait pour effet immédiat de rehausser nos courages abattus par tant d’attaques répétées et de nous élever à nos propres yeux en nous faisant entrevoir nos aptitudes à la grandeur morale. C’est trop peu de nous signaler nos tendances fâcheuses, si l’on ne nous fait pas connaître en même temps notre puissance pour le bien. Ce n’est qu’accomplir la moitié d’une tâche qui resterait inféconde si l’autre moitié n’était pas comprise. Quelques encouragements opportuns