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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/303

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des proscripleurs. Ce fut la fatalité qui pesa principalement sur les vaincus de prairial. Ils défendirent une bonne cause avec des alliés embarrassants, à tout moment confondus par leurs collègues avec ceux des Montagnards qui voulaient recommencer la Terreur (1). Cette confusion ne pouvait qu’être augmentée par les artifices des terroristes de la veille, travestis en tartufes de modération, de ces Tallien, de ces Guffroy, de ces Fouché qui vengeaient sur autrui les excès d’un régime dont ils avaient été les agents les moins fanatiques et par suite les plus odieux. Ce point de vue, qui me semble exact, a échappé à J. Claretie : il voit trop clairement les fautes ineffaçables du parti thermidorien ; il n’a pas cherché impartialement les raisons qui peuvent atténuer ces fautes. Historiens, quand pourra-t-on vous représenter comme le « Zeus » homérique, tenant en main une balance, et songeant que vous n’avez rien moins qu’à peser des âmes ?

Les concessions faites aux royalistes sont inexcusables ; inexcusable la faiblesse qui a pu souffrir la Terreur blanche et les excès des muscadins ; répréhensibles aussi les mauvaises mesures qui ont favorisé l’agiotage et l’accaparement. Mais la proscription d’un certain nombre de Montagnards, injustifiable, à coup sûr, peut s’expliquer du moins. Qu’était la majorité de la Convention ? La Plaine qui la formait nous apparaît dressée à la servitude et à la complaisance, habituée à tout voter, composée en grande partie de royalistes

(1) Voir les discours de Hardy, de Merlin de Thionville, de Poulain Grandpré, au 18 fructidor an V.