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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/290

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soutenu par l’imagination, redemande comme à un patrimoine traditionnel tout le luxe des comparaisons mythologiques. Il peut encore faire rayonner sa maîtresse à l’égal de Diane, convoquer au berceau de la bien-aimée les Olympiens admirateurs, et mettre en regard de ses splendeurs la proverbiale beauté de Narcisse. N’est-il pask demi Grec en Sicile, enLatium à demi Romain ? Un autre, curieux et troublé, s’incline devant une ignorance angélique, et l’on dirait Chérubin un peu confus aux genoux de Chloé toujours paisible. Celui-ci, non moins fougueux que Roméo, tient rigueur à l’hirondelle qui vient réveiller sa joie, comme au balcon de Vérone l’ami de Mercutio querellait l’importune alouette qui veut, elle aussi, séparer des âmes ; celui-là, plus galant que profondément épris, s’éparpille en subtilités gracieuses. Ce qui domine dans l’ensemble, c’est une tendresse qui tient du culte et de la ferveur.

Ces jeunes adorées sont fières, on le sent, au langage respectueux des poëtes qui les glorifient. Elles sont pures, car leurs amoureux se plaisent à comparer au « parfum de l’amandier leur belle bouche au beau parler honnête. » Rien peu de ces sérénades contiennent une invitation audacieuse au plaisir et font entrevoir un embarquement pour Cythère. Le désir semble s’arrêter au seuil de la jeune fille. Le cavalier préfère la voir à sa fenêtre ; il veille sur son sommeil comme sur le sommeil d’une sœur ; il ne craint pas de la comparer à sa mère : c’est la plupart du temps un fiancé qui célèbre une fiancée avec autant de chasteté jalouse que