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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/288

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ont exercé leur action sur cette sensibilité de nos aïeux et Font transformée comme toute chose. Mais elle devait rester intacte en Italie, où rien ne périt conr plétement. C’est un point commun avec l’Allemagne. Rien d’étonnant à ce que la même tristesse douce, humble, essentiellement populaire, la tristesse du faible se produise dans ces chants italiens à peu près sous le même aspect que dans les poésies des Allemands. Beaucoup de ces poètes anonymes sont frères de Minnesinger ; quelques-uns égalent les maîtres sympathiques de l’Allemagne moderne : même émotion condensée, même brièveté saisissante, même effet produit par une délicieuse simplicité.

« Oh ! que de temps je l’ai désiré, avoir un amant « musicien ! — Le voici ; Dieu me l’a mandé, tout cou « vert de roses et de violettes ; — le voici qui vient « doucement, — la tête baissée et jouant du violon. »

Ne croirait-on pas entendre Uhland ? C’est encore une idée toute germanique que cette invocation à la colline de Pise, suppliée de ramener le bien-aimé. La respectueuse tendresse de l’Allemagne palpite dans ces six vers. « Les peines que tu me donnes, toutes je les « écris. — Un jour viendra que nous les lirons, — et « nous les lirons feuille par feuille. — Plus tu m’en « fais, plus je t’aime. — Et nous les lirons page par « page. — Plus tu m’en fais, plus tu te fais aimer ! » Est-ce Jean Pierre Hebel qui a trouvé ces refrains si touchants, ces « berceuses des veuves pensives » ? Disons qu’une sensibilité douce et compatissante, née des tristesses du moyen âge, est commune aux