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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/287

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« Si tu savais comme e^t grand mon dépit quand je « te vois parler avec les autres ! Si tu me mettais un sty « let au cœur, ma douleur serait moins forte ! »

Ce sont les colères jalouses du bucoliaste amoureux de la belle Euneïka. De même ces héritiers légitimes de Théocrite empruntent au répertoire de la nature toutes leuri métaphores pas ionnées. Rappelons-nous le début du cyclope : Polyphème dans toute l’effusion de la tendresse appelle Galatée sa petite pomme. Ainsi nos amoureux vont-ils chercher dans le vocabulaire des images naturelles ce que l’on pourrait nommer les litanies de la bien-aimée. Ils l’appellent avec complaisance fleur de lin, fleur de menthe, fleur de froment, fleur de roseau Ils lui diront : « Je tourne autour de vous comme l’abeille qui tourne autour des haies. » Ils glorifieront son visage aussi blanc que la farine. Étonnés, émus, reconnaissants comme leurs ancêtres doriens devant la bonne Nature, ils se plairont à la retrouver dans les beautés de leur maîtresse.

Cette grâce fine dérobée à Catulle, cette chaude passion ravie à Théocrite, sont de provenance grecque et latine. On s’attendrait moins à trouver fréquemment dans ce livre une sensibilité rêveuse, une pitié inconnue de presque tous les anciens, et par moments une mysticité que ne soupçonnaient pas les époques héroïques. Ce sont les legs de ce moyen âge dolent et douloureux qui grandit comme une plante frêle et maladive parmi les tumultes de la force. Une source de tristesse a été dans tous les pays ouverte alors au cœur de l’homme. La Renaissance et les temps modernes