Ouvrir le menu principal

Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/280

Cette page n’a pas encore été corrigée


la polémique du XVIIIe siècle en risquant des idées alors fort audacieuses et qui sont passées dans nos mœurs et dans nos codes. N’allons pas faire cependant de Marivaux un lutteur anticipé de l’Encyclopédie ; il n’a rien des grandes et utiles audaces de Montesquieu, de Voltaire, de Diderot, de Condorcet. Non, Marivaux appartient à une époque de transition : c’est un demiphilosophe au sourire discret, à l’épigramme courtoise, à la réticence maligne, quelque chose comme un assaillant d’avant-poste précédant les vrais combattants, Ainsi que les hommes de son temps et de son groupe, Duclos, Fontenelle, il ne fit que préluder par des escar mouches à la guerre qui allait commencer.

Un optimiste sans illusion et sans faiblesse, un idéaliste toujours en quête de la réalité, tel fut l’écrivain dont je vous ai entretenu. En résumé, c’était un homme de bien habile à charmer les âmes, abondamment. doué, comme ses séduisants personnages, des dons les plus opposés, mariant la raison à la fantaisie, la folie charmante de l’imagination au bon sens le plus exquis, le goût le plus vif de la passion au zèle le plus délicat de la morale. Il nous a fait ainsi un théâtre unique dans l’histoire littéraire, un théâtre enchanté dont les personnages capricieux et naturels, émus et raffinés, semblent des types de Watteau achevés par Greuze. C’est avec la douce vision d’un charmeur incomparable, aussi tendre que sage, que je me sépare de cet aimable maître qui a tant de titres à notre affection, et parmi tous ces titres un auquel nous devons un dernier hommage : c’est d’avoir plus que tout autre écrivain