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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/28

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leurs souffrances sont bien les souffrances et la misère de leur état. On les reconnaît, les pauvres gens, les hôtes du danger et de l’indigence, et l’on prévoit avec une émotion croissante que le rêve s’enfuit à mesure qu’il se déroule, et qu’après le récit ils vont reprendre leur vie pénible et tourmentée Car le poëte a pris soin de nous faire entrevoir la mer impatiente qui les attend. D’un seul trait, il a dessiné tout un paysage, d’un trait court et arrêté, avec une visible intention de tristesse, à la manière de Salvator Rosa. « Et la mer murmurait de tout côté contre la petite cabane. » Nous sentons que cette immensité est l’unique horizon de ces hommes, leur unique patrie, leur tombeau peutêtre. Cernés par les flots, appelés par les flots, donnant aux flots leurs forces du jour et leurs pensées de la nuit, ces hommes appartiennent à la mer, vieux et mornes esclaves qui n’ont d’autre espoir de liberté que dans l’affranchissement passager du rêve.

Que de démentis Théocrite inflige à ceux qui voudraient en faire un poëte dans toute l’acception de ce mot ! Les Pêcheurs et la Quenouille n’ont d’une idylle que le titre. Que sera-ce des Syracusaines ? Au milieu d’une œuvre où les églogues tiennent une grande place, voici une véritable scène de comédie jetée par la fantaisie du poëte, scène presque unique dans son genre, qui n’a guère sa pareille dans les reliques de l’antiquité, et qui n’offre d’analogies, même éloignées, qu’avec les poëmes dialogués de notre Spectacle dans un fauteuil. Ce qui est vraiment original dans cette scène, ce n’est pas la forme du dialogue, c’est la façon dont ce