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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/279

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c’est la bonté. La bonté ! quelle lumière dans l’esprit d’un poëte ! Gomme à cette lueur caressante il voit avec indulgence, avec pitié, avec justice, les ressorts qui font mouvoir nos passions ; comme il discerne plus sûrement ce reflet divin que les faiblesses humaines ne peuvent jamais absolument effacer ! Comme à travers la réalité il sait apercevoir l’idéal ! C’est la bonté du poëte qui crée les types nobles, les figures héroïques ou chastes, les personnages qui font aimer la nature humaine, qui font croire à la vertu. La bonté est la digne auxiliaire du génie, et, malgré l’évidence de ce fait, je regrette qu’il y ait de grands génies moqueurs, misanthropes, cruels J’aimerais mieux, vous aimeriez mieux, selon l’expression de La Fontaine :

Que le Bon fût toujours camarade du Beau.

Cependant cette disposition bienveillante ne devrait pas se changer en un optimisme imprévoyant. Le poëte doit à la vérité de ne pas perdre de vue la sottise, l’erreur et le vice. Une peinture trop flatteuse du monde équivaudrait à une demi-complicité avec le mal. Tous les excès, toutes les crudités du réalisme seraient mille fois préférables à un idéalisme factice et mensonger. Il n’en est pas ainsi de Marivaux. Il a su démêler les travers et les abus de son temps, et quelques-unes de ses pièces, Vile des Esclaves surtout, indiquent des tendances critiques et philosophiques d’une rare sagacité. Certaines pages à l’adresse de l’orgueil nobiliaire et des servilités de cour annoncent