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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/265

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qu’admirait Molière, le Vénitien d’Avignon, Mignard, à la touche si libre, au coloris si opulent et si chaud. Et c’est ainsi que l’on nous donne pour un écrivain affecté, pour un petit-neveu de l’hôtel de Rambouillet, celui de nos auteurs comiques qui peut-être a trouvé le langage le plus candide, les mots les plus spontanés, le jaillissement même des sources du cœur. Il en résulte une surprise pour tous ceux qui, aux Français, vont écouter les quatre pièces préservées par le répertoire. On entend Dorante, Angélique, Mario, parler ce langage entraînant, et l’on se dit : « Quoi ! c’est là ce Marivaux que je croyais si recherché, si alambiqué ? » Oui ! c’est Marivaux, c’est le véritable Marivaux. Le marivaudage existe cependant, mais dans les parties comiques de son œuvre, dans la bouche de ses personnages plaisants, fats, coquettes, valets, suivantes, jamais sur les lèvres d’un de ses héros, d’une de ses héroïnes, de ceux qui représentent sa pensée et en qui s’incarne son âme ingénieuse et tendre.

J’accorde cependant que cette langue si vive est quelquefois mêlée de subtilité. Il n’en pouvait être autrement. Cette subtilité résulte des qualités mêmes de Marivaux. Elle provient de la sagacité pénétrante avec laquelle il interroge le cœur humain ; plus l’analyse est profonde, plus le style cherche à gagner en profondeur. Aux secrets nouveaux que révèle l’âme explorée correspondent de nouvelles façons d’exprimer et de rendre, en un mot des nuances. Vous ne pouvez espérer de simplicité absolue dans l’expression que