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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/261

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fleur de son public, l’élite de ses poètes. Pour ces comédiens, excellents du reste, pour Dominique, pour Biancolelli, pour Silvia, pour Lélio, Regnard, Piron, Lesage lui-même, brodèrent sur de minces canevas de petites merveilles de gaieté gracieuse. Or le XVIIe siècle, qui semblait alors mis au régime et comme en pénitence sous la tutelle de Mme de Maintenon, le XVIP siècle se dérida et rit de bon cœur. Mais il ne fut pas dit que sous Louis XIV on pût rire avec cette impunité. Les joyeux éclats de la Comédie-Italienne vinrent troubler, dans sa sévérité pompeuse, cette cour où Ton s’ennuyait par étiquette. Bien mal en prit aux chétifs comédiens qui se permettaient de faire fleurir un art où avait excellé Scarron. Un beau jour, eux aussi eurent à subir leur révocation de l’édit de Nantes et furent expulsés de France comme de simples huguenots. Trivelin n’avait pas pourtant collaboré au Dictionnaire de Bayle, et Arlequin n’était guère suspect de jansénisme. N’importe. Tout fut dit pour nos pauvrets, jusqu’à l’heure où, par la mort de Louis XIV et l’avénement du Régent, la France enfin respira. Les portes se rouvrirent à l’esprit exilé. Les Italiens revinrent comme ces hirondelles que n’a pas changées leur voyage d’outre-mer. Le public courut de nouveau vers ses acteurs favoris. Seulement, au bout de quelques années, les poëtes manquèrent. Lelio fit un appel aux jeunes gens qui témoignaient des dispositions pour le théâtre" : plusieurs se présentèrent et furent retenus par l’impresario, et au premier rang celui qui nous occupera spécialement, Carlet de Marivaux,