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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/248

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« La douleur et la vie ne sont-elles pas des sœurs « inséparables ? La douleur suit l’homme et s’enfuit « avec lui. »

Il y a là, si je ne me trompe, une mélancolie intense et qui fait partie de l’âme du poëte avec Ménandre Pourtant on ne peut raisonner que sur des fragments, et, dans le champ spacieux qu’ouvrent les conjectures, on court le risque de s’égarer. Mais Lucrèce ne nous offre pas le même danger ; c’est un poëme achevé que la Nature des dieux ; c’est une œuvre entière qui se découvre à nous. Ici la mélancolie ne se montre plus par échappées ; elle s’épanouit largement ainsi qu’une floraison puissante et vénéneuse. Désespoir de Byron, dégoût de Châteaubriand, l’ami de Memmius a tout prévu, tout senti, tout exprimé. Moderne sur son pro montoire antique, il mène le deuil de la foi, des illusions, des espérances, et pousse vers le ciel des cris passionnés et sauvages qui attendront vingt siècles avant de trouver leur écho.

Est-ce René, est-ce Manfred ou un contemporain de Cicéron qui s’est écrié :

« Nous ne connaîtrons jamais la satiété des larmes, « et les joursse succéderont sans atténuer leur éternelle « douleur. »

n Notre désir va toujours au delà de nos biens, et « tous les vivants sont toujours béants et altérés. »

« O malheureuse race humaine ! que de gémisse « ments elle s’est créés à elle-même, que de blessures « pour nous, que de larmes elle a créées pour ses des « cendants ! »