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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/224

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le burin qu’avait tenu Tite-Live. Les outils de la Muse sont les mêmes ; le siècle, l’atmosphère des âmes, tdut ce qui a subi la loi du changement, modifiera la façon de les mettre en œuvre. Et ce n’est pas une décadence qui sera marquée par l’apparition des Annales ou des Sati7-es, mais une transformation. Ce mot seul devrait être employé pour désigner ces révolutions du génie sans lesquelles l’humanité se fût consumée dans la contemplation stérile d’un très petit nombre de chefsd’œuvre.

Admirer, sans établir de hiérarchies ou de rivalités, toutes les œuvres maîtresses qui se sont produites, voilà le conseil excellent que nous donne Victor Hugo. Mais comment admirer tant de talents divers et presque hostiles dans leur point de départ ? En sachantles comprendre, c’est-à-dire en recueillant ce qui est éternel, sans nous arrêter à ce qui est passager et fugitif. Témoignons notre respect en même temps que notre admiration aux poètes en laissant dans l’ombre leurs défauts, en mettantleurs beautés en pleine lumière. Cette idée, indiquée par Chateaubriand, reprise et fécondée par Victor Hugo, n’a-t-elle pas transformé la critique contemporaine ? Où sont ces enquêtes minutieuses et presque puériles des Geoffroy, des Auger, des Duvicquet ?

Les génies sont nos maîtres. Nous n’avons pas à leur faire de leçons, mais à leur en demander. Que le goût prenne ses revanches sur les écrivains de talent, mais que devant un Homère ou un Eschyle l’enthou siasme fasse taire au besoin les murmures du goût.