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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/213

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qui ont fait entrer dans leur œuvre la vie toujours, souvent l’infini !

Nous disions tout à l’heure que sur Shakespeare on avait écrit d’aussi belles pages, de plus belles pages peut-être que celles que nous a données Victor Hugo. Mais jamais nous n’avons rien lu de plus éloquent, deplus complet dans la brièveté, de plus admirable en tout point sur Job, Eschyle, Isaïe, Juvénal, Tacite, saintJean, saint Paul, Dante et Cervantes. L’hymen de la poésie et de la critique a produit un merveilleux enfantement. Nous aimons bien moins le portrait d’Ézéchiel déparé par une de ces trivialités exorbitantes que nous ne saurions admettre ici, pas plus que dans les Misérables. Quant à celui d’Homère, les traits en sont éparpillés avec une certaine confusion. De même Lucrèce nous semble vu d’une manière incomplète ; son panthéisme est seul en saillie ; sa tristesse héroïque n’est pas même indiquée. En contemplant successivement ces modèles d’une critique agrandie, nous nous sommes enivrés de joie lyrique, de bonheur intellectuel, d’étincelante ambroisie ; pourtant, comme cette amertume qui, chez le poëte latin, se mêle au breuvage des voluptés, nous sentions se glisser en nous un regret que la plénitude de l’enthousiasme ne pouvait conjurer. Nous cherchions involontairement dans les intervalles d’autres génies oubliés à leur date, grands poëtes exclus par un grand poëte, sereines et nobles figures qui, par leur contraste harmonieux, eussent mieux fait lessortir ces types divinisés de la Puissance, de l’Audace et de la Force !