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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/205

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Cependant, avant ce phénomène récent, un autre de même nature, tout aussi imprévu, plus imposant à coup sûr, avait éclaté il y a plus de trente ans. C’était sous une autre forme la réconciliation de l’esprit d’analyse et de l’imagination créatrice ; ici ce n’était pas encore le critique qui s’élevait à la dignité de poëte, mais le poëte qui s’appropriait et s’adaptait en quelque sorte les nouveaux caractères du critique. Et ce poëte, que d’autres ont suivi avec succès dans cette entreprise originale, était le plus puissant et déjà le plus glorieux des rénovateurs de l’Ode ou du Drame, Victor Hugo.

On vit, comme pour la première fois, — car l’exemple de Corneille examinant des pièces d’après Aristote est incomplet et accidentel, — l’inspiré, l’être d’intuition, donner à la critique une large place dans son œuvre. L’esprit de système, qui relève de la science plutôt que de l’art, la méthode de généralisation, devinrent aisément familiers à Victor Hugo, qui, de bonne heure, joignit ces dons et ces ressources de la réflexion et de la volonté aux priviléges natifs de l’imagination la plus abondante. Non content d’avoir contracté cette alliance, il n’a cessé de la confirmer par des témoignages dont le plus éclatant date d’hier. Quelle est la pensée du Lyrique des Contemplations ? Renouveler ce qu’il a fait en 1827, en 1835, appuyer d’une œuvre de philosophie littéraire des créations hardies, donner pour complément et pour auxiliaire aux Misérables et à la Légende des Siècles un ouvrage de doctrine et d’explication. « A l’occasion de Shakespeare, toutes les questions qui touchent à l’art se sont présentées à son esprit. »