Ouvrir le menu principal

Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/196

Cette page n’a pas encore été corrigée


pas hésité à se faire les censeurs de leurs confrères, et qui, dans les ventes de carbonari, auraient pu, pour attester leur libéralisme de fraîche date, comme certain grognard de la Loire, s’écrier avec vraisemblance : « N’ai-je pas été mameluck ! »

Tels furent ces hommes du passé, dérangés dans leur succès d’ennui par ce nouveau venu de génie, et qui jusqu’à la réaction littéraire de 1843, — leur ouvrage, — depuis Cromwell jusqu’à Lucrèce, ne ces—, sèrent de harceler, de calomnier Victor Hugo. Ils osèrent, — ces champions de la Charte, — au nombre de sept, demander au roi Charles X, sous forme de pétition, l’interdiction du drame sur le ThéâtreFrançais. Charles X leur répondit, en Bourbon et en homme d’esprit, qu’en fait de théâtre il n’avait que sa place au parterre. La tragédie ne pardonne pas. Ces sept messieurs, après 1830 tous députés, sinon pairs de France, durent voter d’ensemble la proposition Briqueville. Contre des adversaires si déloyaux, Victor Hugo devait grouper d’intrépides partisans. Ceux-ci lui vinrent en foule. De tels hommes attirent la conviction et l’enthousiasme. Comme la mer, sur leur passage ils appellent tous les fleuves. Rappelonsnous le voyage de Luther, mené sous bonne escorte et comme un prisonnier à la diète de Worms ; à chaque village s’augmentait la suite triomphale du moine, conduit comme un captif, escorté comme un roi. Telle fut la marche de Victor Hugo, rejoint à tout moment par quelque troupe enthousiaste qui lui criait comme aux Césars de Rome : « Te duce militabimus ! »