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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/191

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poëtes de l’Empire, poëte de talent, et qui laissera des pages inséparables de toutes les anthologies ; sincère ami de la poésie nouvelle, champion et conseiller des novateurs. L’autre devait être le romancier de Picciola.

En 1818, les deux frères sortirent de pension. Encouragés par leur mère, ils se donnèrent tout entiers à la littérature. Le lauréat de l’Académie française fut le lauréat plus éclatant des Jeux Floraux. Ses premières odes, d’un royalisme intempérant, encore imparfaites et farcies de rhétorique, surpassaient de beaucoup tout l’attirail pindarique des Jean-Baptiste et des Écouchard Lebrun. Dans sept ou huit pièces qu’il devait faire, oublier lui-même, ce jeune homme de dixsept ans était déjà le maître de l’ancienne ode française. Il devait être bientôt le créateur de la nouvelle ode, de celle qui est passionnée comme un drame et lyrique comme un poëme, sans exclamations et sans prosopopées. Ce début de génie provoqua l’attention des lettrés avant d’éveiller la foule. Soumet, trop illustre peut-être en 1818, aujourd’hui trop oublié, Soumet, qui, à le bien prendre, en exceptant Hugo, Musset, Gautier et Lamartine, n’est inférieur à aucun poëte de ce temps, traita cette réputation naissante comme une gloire qui devait être égale à la sienne, et accompagna Hugo de sa paternité sincère, tout en l’abandonnant de jour en jour dans sa marche de novateur. Châteaubriand baptisa ce nouveau venu du nom d’enfant sublime et l’accueillit avec une bienveillante froideur qui semblait avoir conscience d’une future rivalité. La renommée venait, clairons en bouche, au poëte