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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/19

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vous-même jugez-vous les principales merveilles du maître ? Vous nous dites : « Les horreurs de Sémiramis sont à peu près aussi tragiques que l’aimable effroi qu’on éprouve lorsqu’on entre dans une belle église éclairée par un jour crépusculaire, tout odorante des parfums de l’encens et toute mélodieuse encore des prières des prêtres… On pourrait dire de Rossini que tous ses chants religieux ou tragiques ont quelque chose d’heureux et pourraient être transformés en sérénades. »

Sérénades ! ce mot dit tout. Il nous fait comprendre ce désaccord de l’inspiration capricieuse avec les exigences du sujet qui nous choque si souvent dans Rossini ! Chez Meyerbeer, au contraire, nous trouvons les sons dans une conformité incessante avec la situation, l’intelligence absolue des temps et des époques, une sorte de couleur locale obtenue à l’aide des notes, et non plus les.prestiges d’une fantaisie individuelle, mais les beautés sérieuses, solides, saisissables, d’une inspiration née dans la méditation et le recueillement.

J’aborde un point beaucoup plus délicat. Vous qui, l’un des premiers, le premier peut-être, avez prédit avec une sympathie prophétique le réveil de l’Italie, vous semblez regretter l’avénement de Verdi comme une déchéance du génie italien personnifié dans Rossini. Que Verdi soit l’égal de Rossini, je ne soutiendrai pas ce paradoxe contre vous Seulement, de cette vogue qui concourt à la gloire méritée de Verdi, de ce retour d’opinion qui fait disparaître des affiches de la Scala Sémiramis, pour y substituer le Trovatore, on