Ouvrir le menu principal

Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/187

Cette page n’a pas encore été corrigée


muets, a consacré ses odes, ses drames, ses romans, comme des œuvres évangéliques, à consoler ceux qui souffrent, à relever ceux qui sont abattus ! C’est une âme tendre, qui a porté jusqu’à l’idéal les deux sentiments les plus épurés, l’affection du fils et l’amour du fiancé. De sa mère le poëte semble avoir reçu la précieuse fermeté qui le soutint dans la lutte, la persévérance et la logique qu’il apporte dans l’innovation. Une qualité est souvent la fille d’un défaut. Victor Hugo ne doit-il pas à ce qu’il y avait de chimérique dans sa mère ce don naturel d’agrandir les proportions, cette vue idéale des objets qui fait de lui le dernier des poètes épiques, le seul qui voie grand tout en voyant juste, comme au bon temps du mendiant divin réclamé par sept villes, ou du soldat-poëte de Salamine, qui alla mourir loin d’Athènes ?

Dans les vingt-cinq premiers chapitres, Victor Hugo n’est qu’un bien petit enfant. Son histoire est celle de son père et de sa mère. Son père, ami de Joseph Bonaparte et bien vu de ce roi de quelques heures, mal vu de Napoléon pour n’avoir pas renié l’amitié de Moreau, suit le frère de l’empereur à Naples, où il fait la chasse aux bandits et capture Fra-Diavolo. Sa femme et ses trois enfants, Âbel, Eugène et Victor, vinrent le rejoindre en Italie. Mais un décret improvisa Joseph roi d’Espagne. Il fallut que le général se séparât de sa famille. Madame Hugo revient à Paris. Elle y découvre, pour loger ses bambins ingénieux et turbulents, un lieu de prédestination, un jardin grand comme une forêt vierge, aux extrémités de l’impasse des Feuillantines,