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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/181

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médiocres a pu faire illusion ; elle n’a jamais abusé ceux qui te connaissent, ô pays privilégié du goût et de la raison, France de Boileau, de Vauvenargues, de Joubert ! Nous savions bien que, comme tous les astres, tu pouvais avoir tes éclipses ; mais te croire enténébrêe comme dirait Michelet, jamais, ô cher pays de lumière et de coup d’œil rapide ; la clairvoyance, la décision armée de certitude, te feront toujours reconnaître entre tous. Dieu merci ! tu l’as bien prouvé en revenant si franchement à ton plus brillant génie, en réservant une part de son triomphe pour celui qui du triomphateur est le plus direct et le plus légitime héritier, et en associant à toute cette gloire* un écrivain anonyme qui vient te parler de ton poëte Victor Hugo, commenter pas à pas son œuvre par sa vie, et faire rayonner son âme dévoilée sur neuf cents pages instructives et sincères.

Le succès redevient donc intelligent. Notons ce signe du temps à l’honneur des générations nouvelles ; car elles ne sont rien moins qu’étrangères à ce retour aux grandes traditions de l’art. Peu suspectes par ellesmêmes de servilité romantique, elles ont repris la pieuse habitude de saluer dans les maîtres survivants de 1825 ou de 1838 les promoteurs d’une révolution poétique qui fut une seconde Renaissance, les génies sauveurs sans lesquels nous tombions peut-être au dernier degré de la décadence littéraire. Une fois de plus, ils ont fait la France superbe et victorieuse, et, comme au siècle de Louis XIV, ils l’ont montrée à l’Europe imitatrice dans le rayonnement irrésistible du beau. Ils ont retrouvé le secret de l’éternel laurier, et d’un