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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/176

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La plupart du temps, Estérelle ne parle à Calendal que pour lui apprendre l’histoire provençale. Ce n’est pas une amoureuse, c’est une érudite. Libre de ces préoccupations archaïques, le poëte eût développé le caractère d’Estérelle, qui reste indécis entre la femme et la fée, sans charme féminin et sans véritable grandeur surnaturelle. Ses leçons me paraissent impuissantes à former une âme, à créer le bien par l’amour, comme le voulait Platon. Combien, dans George Sand, l’Edmée de Mauprat, sans effort de l’auteur, est plus épique que cette pâle Estérelle, en étant aussi plus vivante ! Voilà celle qui crée une âme !

Le comte Sévéran ne vit pas plus qu’Estérelle de cette vie supérieure qui fait seule les types. Ce n’est qu’un brigand vulgaire, rival beaucoup trop indigne de Calendal, sans cette originalité sauvage, sans cette grandeur monstrueuse, qui auraient pu le relever. Reste Calendal. Celui-ci n’a pas trompé l’intention du poëte. Il est vivant, sympathique, et par moments il s’élève à la hauteur d’un type. S’il eût agi devant nos yeux au lieu de raconter ses actions, peu de poëmes eussent été plus attachants. Il est vrai qu’il les raconte avec bien de la verve et de la chaleur. On ne peut le nier, Calendal a l’allure héroïque, bien qu’il ne faille pas surfaire son héroïsme. Mistral exagère quelque peu en l’appelant « un Hercule chrétien. » Les épreuves que traverse Calendal sont peu de chose auprès des travaux du dieu libérateur, et je leur reprocherais même d’attester plus de vigueur physique que de véritable force morale. Dans une seule circonstance,