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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/174

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simple voyageur, il raconte à Sévéran et la naissance de son amour pour Estérelle et les épreuves dont il a triomphé pour devenir digne de sa bien-aimée ; le récit occupe huit chants. Hâtons-nous de dire qu’il est intéressant et varié, car l’intérêt ne fait jamais défaut dans ce poëme. Ainsi Calendal, pauvre pêcheur de la petite ville de Cassis, a résolu, pour vaincre les dédains d’Estérelle de « se grandir par la passion et de devenir un héros. » Voyons comme il s’y prend. D’abord il veut être riche, il y réussit en construisant une madrague et en capturant une quantité innombrable de thons. Puis il est vainqueur dans une joute sur mer, il abat une forêt de mélèzes, il arrête une lutte fratricide entre des compagnons du tour de France ; enfin, il délivre la contrée d’un brigand, et, en récompense de cet acte courageux, mais bien médiocre au prix des exploits épiques, proclamé à Aix abbé de la jeunesse, il est, h partir de ce moment, maître du cœur d’Estérelle. Sévéran a tout compris : calculant sa vengeance, il met d’abord Calendal h l’épreuve d’une orgie, d’une bacchanale. Non-seulement Calendal résiste à cette tentation, mais il éclate indigné, il tonne avec la véhémence de la vertu. Sévéran le fait enchaîner et lui annonce qu’il va courir à la recherche d’Estérelle. Mais, la nuit même, Calendal, délivré comme Cédar dans la Chute d’un Ange, s’élance à la défense de sa bienaimée. Il franchit en mer des distances prodigieuses, et enfin rejoint sa dame au moment où les bandits arrivent au pied du mont Gibal. Il soutient le siége en lançant des quartiers de roc. Les assaillants, déconcertés,