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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/173

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une demi-épopée. De là de graves défauts dans le plan de l’ouvrage, dans la structure des caractères, des défauts qu’une analyse rapide peut faire pressentir.

Au début, le poëte nous montre, au milieu d’un paysage, décrit avec une simplicité pittoresque qui se souvient de l’art antique, un jeune homme et une jeune femme en présence, unis par une de ces amours héroïques et chastes que les maîtres du drame et de l’épopée ont toujours opposées aux peintures voluptueuses des artistes inférieurs. Tels le chevalier du moyen âge en face de sa dame, Rodrigue devant Chimène, Roméo et Juliette, Rritannicus et Junie.

Comment cette passion est-elle née ? on ne le sait pas encore. Seulement, aux instances de Calendal (c’est le nom du jeune homme), la jeune femme révèle le secret de sa destinée. Cette jeune femme solitaire et mystérieuse, que le poëte appelle Estérelle, du nom d’une fée provençale qui se plaît sur les escarpements et parmi les précipices, raconte à Calendal, pendant le cours de deux chants, son histoire douloureuse. Dernière descendante des princes des Baux, elle a, par surprise, épousé un gentilhomme aventureux qu’elle croit noble et brave, et qui n’est autre que Sévéran, chef de bandits. Le soir même du mariage, elle a fui épouvantée et s’est réfugiée dans le calme et l’horreur de ces montagnes, où le sort l’a rapprochée de Calendal et a mis à ses pieds le plus fidèle et le plus courageux des amants. Ce récit entendu, Calendal, impatient de mettre fin à une rivalité odieuse, va trouver Sévéran dans son château. Là, sous les apparences d’un