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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/17

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poursuite du mieux, et ils l’ont atteint. Leur mérite nous a été plus sensible, plus visible, et par suite plus sympathique que ce génie indolent qui, sublime du premier coup, cesse de l’être en répétant la même note, fût ce une note immortelle, et qui doit arriver a un déclin rapide en passant par des éclipses prolongées. Ces inspirés de parti pris ont laissé tout faire en eux à la nature, sans rien faire par eux-mêmes. « Simples agents d’un maître invisible, » serions-nous tenté de dire devant eux. C’est la muse qui semble parler chez ces élus de l’inspiration pure ; chez leurs rivaux, j’entends le chant de la muse et de plus un accent personnel. Il me semble, d’une part, que c’est un écho qui m’arrive ; de l’autre, que c’est une voix plus distincte, plus nette, et qui s’est formée elle-même. Or, ce travail de formation nous est sympathique, à nous autres, hommes du XIXe siècle, car nous le retrouvons en nous-mêmes. Obligés de nous faire une croyance, des opinions, et de travailler sans cesse notre esprit en dehors de la tradition, nous aimons ces dieux nouveaux, ces dieux dont chaque triomphe a été un combat, chaque succès le prix d’une épreuve ; qui, vainqueurs des hydres et des centaures, martyrs de l’Œta, symbolisent nos combats sans fin avec les ignorances, les préjugés sans nombre, et font pressentir, sous la tunique de Nessus, la flamme intérieure qui nous consume. Nous tous qui vivons dans la lutte, faisons-nous des dieux qui soient des lutteurs comme nous.

Ce goût du jour, — je ne parle pas de l’entraînement de la foule, mais de la conviction des plus éclairés,