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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/161

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chantes et le captif du Caucase, planer inattendue sur une croix la suprême Victime du Golgotha ! — Un Sacrarium pareil à celui d’Alexandre Sévère, un Panthéon ouvert a toutes les religions, à toutes les sagesses, à toutes les légendes, telle est l’œuvre de Leconte de Lisle, grande et large dans sa conception’dans son exécution parfaite !

Les périls de l’exécution étaient nombreux. On pouvait craindre, dans cette évocation des cultes qui ont passionné les multitudes, l’invasion de la partialité, de la violence, du dénigrement. Un tour d’esprit voltairien eût tout compromis, tout gâté. Une hostilité trop évidente contre tel ou tel symbole eût troublé l’harmonie de l’œuvre projetée. Nous ne voulons pas dire qu’au début Leconte de Lisle ait absolument évité tous ces périls, mais il les a bientôt écartés, et il a fini par les surmonter victorieusement. À l’érudition tenace qui lui a livré les secrets de Creutzer et d’Ottfried Mullerer, Leconte de Lisle a joint cette haute impartialité qui honore ces grands investigateurs de l’histoire religieuse ainsi que leurs interprètes français, MM. Guigniant, Maury, L. Ménard et Renan. M. Renan surtout a plus d’un point de contact avec l’auteur des Poésies barbares. Il y a un philosophe dans Leconte de Lisle, un poëte chez Ernest Renan. Tous deux peuvent revendiquer l’honneur d’avoir, sans aucune concession aux Églises établies, sans aucune adhésion mensongère, fait successivement briller dans la plus pure lumière la gloire et la sainteté primitive de chacune de ces grandes épopées religieuses où Dieu a fait passer