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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/15

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d’apparence brusque et quelque peu rustique, simple, franc, et revêtu de je ne sais quelle splendeur qui vient de la force, de je ne sais quel charme qui naît de la bonté. Ce n’est pas un dieu rhéteur ; il se présente sans apprêt, il parle sans façon et dit : « Dans les paroles que vous venez d’entendre, ô dieux anciens et nouveaux ! tout n’est pas juste, tout n’est pas vrai. Si nous avons mérité quelque reproche, il est bon que nous soyons tancés par les plus vieux d’entre nous ; mais rien n’est survenu qui leur permît de nous traiter d’inférieurs et d’étrangers.

« Pour mieux vous défendre, mes amis, je me défendrai moi-même, car ma fortune est la vôtre. Fils de Jupiter, je me croyais dieu de naissance ; mais il paraît que je me*trompais ; faute d’avoir été élevé dans l’Olympe, il paraît que je n’avais pas naturellement les pensées et les énergies d’un dieu, et que tout cela m’est venu, comme aux hommes, d’un travail opiniâtre, d’un effort démesuré, et non comme par un souffle intérieur. Bien habile qui fait ces distinctions sans s’y méprendre ! Qui vous dit que ce souffle, que cette inspiration (1) n’habitaient pas mon âme quand je nie portais sans trêve au secours des malheureux mortels ? Le subtil personnage, qui sépare à tout propos l’Inspiration et la Volonté, comme si dans toutes mes aventures elles n’avaient marché de pair ! L’une me poussait en avant, l’autre me dirigeait. J’ai mené à bonne fin des entreprises infinies, la destruction des monstres,