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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/149

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fluctuation des masses, tend évidemment à se mettre en dehors.

Quel est, en réalité, cet individu ? quelle est cette âme dont nous avons proclamé l’originalité ? C’est une âme qui, au premier abord, paraît dépaysée dans notre siècle, parce que de notre siècle elle ne partage ni les préjugés ni les exagérations ; en revanche, à qui l’analyse se révèle douée de toutes les aspirations grandioses et de toutes les délicatesses raffinées ; curieuse du passé, elle semblerait uniquement une âme de roman tique, si auprès de cette pieuse curiosité ne veillait une inquiétude passionnée de l’avenir. Or, pour notre compte, nous avons fait ce travail d’analyse.

Voilà ce que nous avons cru démêler chez l’auteur des Libres Opinions : d’abord, la curiosité du passé et la sollicitude de l’avenir que nous avons signalées déjà ; puis, des instincts de misanthropie aimante ; la haine la plus tenace de tout ce qui est médiocre, commun ou vil ; un sérieux constant ; une fréquente mélancolie, et, pour tout résumer, une recherche incessante de l’originalité chez autrui qui correspond au déploiement d’une individualité singulière. Peu d’âmes réunissent tous ces caractères qui, autour de M. Montégut, se groupent comme des priviléges glorieux ou touchants. Dans le siècle qui a vu tant de serviles et tant de satisfaits, rien n’est plus digne que cette tristesse et cette fierté.

Aucun esprit n’a moins servi la banalité du jour. Celui qui nous occupe n’est pas certes un exploiteur d’idées reçues. De là, pour lui, le risque de n’être jamais