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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/147

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leur caractère antique d’Èves séductrices et d’Hélènes meurtrières ! Cette création continue d’êtres vraiment amoureux, et qui se créent mutuellement tant de délices et de souffrance, atteste chez Paul de Molênes une singulière expérience. Il a pris au sérieux l’amour, et en l’étudiant il a toujours tenu compte des nuances ; c’est à ce prix seulement que l’observation du romancier est douée à la fois de finesse et de profondeur. De Molênes a dû à cette méthode patiente et consciencieuse de révéler mieux que personne certaines crises du cœur. Peu de romanciers peignent avec plus d’assurance les débuts de liaison ; aucun n’a mieux étudié cette sourde rébellion de la femme contre son vainqueur, dont sort tôt ou tard la douloureuse, l’inévitable rupture : enfin il a excellé à pénétrer dans les âmes pour y surprendre la mystérieuse agonie de ce foudroyé de l’amour qu’il appelle l’homme abandonné. Et avec cette vibration toute particulière de clairon et d’épée, avec cette science du cœur sans égale, quel dilettantisme dans le style, quelle vocation d’écrivain ! Et, disons-lc encore : « quel parfum d’antique loyauté ! quel accent de chevalerie dans cet œuvre ! » Aussi, quand la dernière heure surprit Paul de Molênes, selon une des plus belles expressions du dandy de l’héroïsme, « la mort trouva l’honneur debout et prêt à la recevoir dignement. »