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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/146

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Que les priviléges et les nécessités de l’idéalisation aient changé quelque chose aux données fournies par la réalité au soldat-poëte, cela n’est pas douteux. Mais nous croyons pourtant que la réalité n’infligerait aucun démenti à Paul de Molênes. Nous n’admettons pas l’impossible en fait de combinaisons morales, et nous sommes persuadé que l’antithèse est une des figures les plus fréquentes dans notre rhétorique intérieure.

Toutefois, Paul de Molênes fût inévitablement tombé dans la monotonie ou dans l’exagération, si ses notions certaines de la vie militaire ne s’étaient appuyées sur la science bien autrement importante du cœur humain. Nul écrivain n’a plus sûrement observé, analysé plus finement. Il connaissait à fond la haute vie, et c’est sur un théâtre mondain parfaitement exploré qu’il a promené ses officiers rêveurs et tendres. Tous ces cœurs où l’héroïsme éternel du métier se mêle à l’inquiétude romantique du temps sont aux prises avec des cœurs de femmes qui leur font une terrible guerre. Que de douleurs, que de nobles tortures dans cette œuvre dont l’amour est le souverain maître et l’immédiat inspirateur !

Ce sont tous ces naufragés de la passion, jusqu’à la délivrance de la mort obsédés par « ces fantômes aux yeux couleur de violettes » ; ce sont ces grands incompris, victimes de 1 "intelligence en amour, tels que le prince Prométhée, Wolfgang de Gadolles, Cosme de Giuli, Robert de Vibraye, suppliciés par des bourreaux charmants ; ce sont enfin ces femmes si savantes en délicatesses passionnées, mais qui n’ont point perdu