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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/143

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maintenant que leur romancier n’a pas laissé de Sosie. Tout l’ordre d’idées et de sentiments où Paul de Molênes nous initiait est à jamais perdu pour nous. Voilà Y irréparable. Ce qu’il faut pleurer dans l’auteur de Valpéri, c’est l’incomparable, c’est la divine Originalité.

L’originalité n’est pas une, elle est multiple. En quoi est-elle caractérisée chez Paul de Molênes ? Beaucoup l’ont senti, peu l’ont dit. Nous nous permettrons de le rappeler brièvement dans ce résumé d impressions depuis longtemps accumulées. Très-peu d’idées nous étaient communes avec Paul de Molênes, car il était de ceux qui s’affranchissent de leur époque pour vivre de la vie d’autrefois et penser selon des formules abolies par le temps.

Tel était Paul de Molênes, un prophète du passé, un homme des anciens jours égaré dans un siècle qu’il jugeait inférieur à ses souvenirs. Il fut toutefois de son siècle, parce qu’il sut y saisir tout ce qui est l’existence privée, les métamorphoses inévitables de l’amour, la vie de l’àme en un mot. Mais en même temps il défiait ce siècle, car il a mis autant de constance que Balzac son maître, autant d’obstination à la Montrose, à poursuivre d’une ironie toujours de bon goût ces idées modernes de perfectibilité et de progrès qui sont pour nous une foi confirmée par la réalité. En même temps, sans jamais écraser ses frêles chefs-d’œuvre sous la pesanteur des thèses et des discussions, il faisait indirectement concourir chacun de ses ouvrages à l’apologie et à la louange d’idées qui n’ont plus l’adhésion des générations nouvelles.