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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/135

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rue ; où les mêmes étaient prêts pour combattre à Saint-Merri ou à Lucrèce Borgia. J’écoute dans le lointain cette épaisse phalange en marche vers l’imprévu ; je suis du regard l’enthousiaste essaim dispersé à la place Royale, dans la rue du Doyenné, à l’atelier de Jehan Duseigneur. J’assiste à toutes les fêtes fantasques décrites par Arsène Houssaye, à tous les sabbats frénétiques chantés par Théophile Gautier. Où se sont évanouies toute cette fougue, toute cette bravoure et cette universelle ambition de lyrisme, de passion et de souffrance ? Quelques gloires légitimes ont survécu à cette expédition juvénile ; quelques-uns ont eu la fortune et le génie du symbolique Jason ; mais, je le répète, qu’est devenu le reste ? Où sont passés ces jeunes Argonautes dédaigneux du vulgaire et contempteurs du danger ? L’oubli, la mort ou les fastidieuses nécessités de la vie, plus dures encore que la mort et que l’oubli, répondent à mon interrogation mélancolique.

Combien ont disparu ? Nerval, abîmé dans de mystérieuses ténèbres, Nerval, glorieux et sympathique, éternel regret de la Muse ; bien d’autres encore qui n’ont pas, comme Gérard, une floraison d’immortelles assuréeàleur tombeau, Lassailly, Félix Davin, Arvers, Metcherski, Louis Bertrand, Drouineau, Pétrus Borel, enfin, dont notre ami Jules Claretie vient de retracer la douloureuse et instructive histoire.

Heureux ces morts ! je ne plains que ceux qui ont sombré dans le métier, celui dont le nom promis à la Poésie se publie sur une scène de mélodrame ; celui