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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/120

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l’amour ? Non ! Quoique moins grossiers et moins sensuels que les hommes et les dieux de l’Orient, le ; Olympiens sont ensevelis dans la volupté. Mais parmi ces mortelles dont ces convives du nectar troublent le repos, il en est qui offrent au monde le spectacle de généreuses imprudences et de tourments subis comme la fatale expiation d’une tendresse qui s’est prodiguée sans calcul. Ce sont des victimes, ce sont des martyres que ces amantes de Jupiter persécutées par la haine implacable de Junon, et punies par d’incessantes tortures de leur ivresse passagère. Si l’amour se prouve par la souffrance, comme le sentiment nouveau s’affirme et se précise dans l’exemple de Latone fuyant vagabonde et désespérée, ensanglantant ses pieds à tous les chemins, et traînant à travers tous les dangers ses enfants proscrits comme elle, et qui seront plus tard Apollon « aux traits agiles » et Diane « qui se plaît aux flèches », plus éclatant encore est l’exemple d’Io, qui, sans avoir pour la consoler dans sa misère l’espoir qui s’attache à des enfants, erre également tourmentée par le taon persécuteur, condamnée à une marche sans trêve et à une douloureuse insomnie. Elle souffre parce qu’elle a aimé, parce qu’elle a écouté la voix qui chantait dans ses songes de jeune fille : « Sans cesse des visions nocturnes venaient dans ma chambre murmurer des invitations caressantes. »

De tels spectacles transportés sur la scène n’étaientils pas faits pour élever la conception générale de l’amour ? En même temps que la passion naissante se dénonçait sous les traits de Latone et d’Io, les artistes