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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/118

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la Grèce, sévère encore dans sa robuste adolescence, se le figure comme le vit Hésiode, comme le reverra Phèdre, dans ce Banquet platonicien où les paroles semblent une délicieuse ambroisie, créateur des dieux et des hommes, promoteur de toutes les expansions naturelles, agitateur suprême du sang et de la séve chez les animaux et dans les plantes, éternellement occupé à amener les êtres vers les êtres et à rapprocher les affinités qui se cherchent pour en faire jaillir à toute heure le miracle étincelant de la vie !

Auprès d’Eros apparaît celle qui plus tard sera regardée comme sa mère, la déesse aimée des flots, l’enchanteresse chère aux colombes, la Jeunesse, la Beauté, et pour tout dire, Vénus. Cette Vénus ne fut pas dans les premiers âges la Pandémie, la Cottyto, la Génétyllide. Jusqu’à la mort de Périclès, tant que dura cette œuvre de la civilisation qui se résuma dans l’œuvre de Sophocle et le triomphe* de Salamine,’elle dut apparaître comme la Vénus Uranie. Sous ce nom, elle présida à la naissance de l’Amour, donnant pour la première fois un caractère moral à ce qui n’était jusque-là qu’un attrait physique ou qu’une nécessité sociale. Avec elle, avec l’Eros chanté par Hésiode, l’amour se révélait aux hommes. Il fallait un exemple qui fît comprendre les exigences de Vénus Uranie. Cet exemple vint de la déesse qui imposait aux mortels un culte, là où longtemps ils n’avaient vu qu’un instinct. Un poëte de génie trouva cet exemple dans une légende populaire, la traduisit dans une langue immortelle et donna à la Grèce un premier spectacle