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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/115

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Au début de nos recherches, l’Orient se présente nécessairement à nos regards. L’amour, Dieu merci, n’a rien de commun avec ces orgies babyloniennes où la Force toute-puisssante lève l’impôt de la chair aussi bien que l’impôt du sang. Et tout l’Orient n’est qu’une Ninive, excepté l’Égypte et la Judée. Passons dans ces pays favorisés. Là, les monstruosités de Babylone ont été tardives et toujours tempérées par le contraste de mœurs de famille respectables et pures. Mais que cette pureté est relative ! Que l’amour est lent à venir ! Ces mariages, garantis par la loi et par la religion, sont préférables sans doute aux unions des premiers hommes, contractées par le rapt et dissoutes avec la même facilité par la violence. Mais ici encore comme la femme est dépendante de l’homme ! Mêlée à des rivales dans un harem, abaissée par ce partage, sans autorité dans la maison, tremblante devant son époux, elle est une esclave plutôt qu’une compagne. Où se trouvent la crainte et la servitude ne peut être l’amour. La soumission de la femme est à peu près inévitable ; mais l’amour exige que cette soumission n’entraîne ni la perte de l’initiative, ni l’abdication totale de la volonté. Rien de semblable en Judée. La famille patriarcale, où Sara tour à tour convoite et rejette la rivalité d’Agar, où Lia dispute Jacob à Rachel, nous semble uniquement une pépinière d’enfants. Ainsi, de toutes les familles juives et égyptiennes. M. Cénac-Moncaut nous parle de Ruth. Que prouve cet exemple ? Ruth est une fille obéissante qui va avec une douceur d’agneau s’abandonner au mari que lui désigne sa mère.