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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/110

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la plus émue qui ait fait tressaillir l’Antiquité avant cette universelle sensiblité de Virgile. Écoutons Ménandre :

« Celui qui est aimé des dieux meurt jeune. » « Sa misère s’enveloppait de la solitude comme d’un manteau. »

« Quelle douceur qu’un père indulgent et d’un esprit jeune ! »

« La douleur et la vie ne sont-elles pas des sœurs inséparables ? La douleur suit l’homme et vieillit avec lui. »

Non, Térence n’a pas dans toute son expansion celte sensibilité prodigue de Ménandre qui dépasse Euripide et Platon, et qui, touchant d’un côté à l’Évangile, de l’autre aux poëmes qui font notre gloire récente, s’échappe en pressentiments chrétiens et modernes sur l’adoucissement de l’éducation à peine entrepris, sur la fraternité à peine entrevue, sur la pitié toute nouvelle dans le cœur de l’homme, sur la fière mélancolie, hôtesse tardive de ce cœur, où le dix-neuvière siècle lui a fait sa place éternelle. Mais si Térence n’a pas la voix prophétique de Ménandre, il en a saisi l’accent, il en a conservé l’écho ; et cet accent et cet écho, répétés par une lèvre mélodieuse, ont pour la première fois troublé la sérénité farouche des insensibles Romains et éveillé dans leur cœur d’airain des fibres plaintives qui s’ignoraient. Térence a été l’homme de talent qui a propagé la pensée d’un poëte de génie, comme le disait si bien César ; il est apparu au monde antique comme la moitié de Ménandre, « dimidiatus Menander. » C’est assez pour sa gloire ! C’est assez pour que