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Page:Des Essarts - Les Voyages de l’esprit, 1869.djvu/106

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de sang et des traits assez distincts pour sortir de l’essaim des gracieux fantômes et réclamer leurs droits à la vie.

Voici d’abord le parasite Phormion, qui joue le principal rôle dans la moins bonne affabulation de Térence. Il donne son nom à la pièce où rien n’est original que lui. C’est la première fois que Térence nous montre un parasite assumant toute la conduite d’une intrigue amoureuse, et, dans l’intérêt de ses dîners futurs, mettant son adroit génie au service de la jeunesse effarouchée et de l’imprévoyance charmante. Si ce caractère était de l’invention de Térence, nous lui en ferions grand honneur. Ce Phormion a besoin d’une grande assurance. Il a supposé une parenté imaginaire, fabriqué des titres, et, de concert avec l’éternel amoureux des comédies antiques, il a forcé ce dernier à épouser Phanie, qui n’est rien moins que sa cousine. C’est un fourbe grave et qui manie avec une certaine aisance la plaisanterie froide et fine. Il ne manque pas de cette verve calme qui s’appelle l’ironie. En tant que parasite, il est peut-être inférieur à ces grands affamés dont Plaute nous a tracé des portraits si plaisants. Il exprime ses instincts avec moins d’énergie comique ; il n’a pas comme eux l’inspiration et le lyrisme du ventre ; néanmoins, il se distingue de la bande par cette ingéniosité et cette adresse si rares dans la profession et presque introuvables dans cette confrérie de stupides flatteurs.

Cependant Phormion, dans cette circonstance, comme tous les novateurs, sort de son rôle. Ce patronage