Page:Delly - Dans les ruines, ed 1978 (orig 1903).djvu/217

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

tement les tisons qui s’effondraient avec un pétillement et une envolée d’étincelles. Devant ses yeux passait la silhouette élégante de celle qui avait été le mauvais génie des Regbrenz, cette Georgina à la voix ensorcelante et au cœur pervers. Il avait réussi enfin — depuis peu cependant — à bannir son implacable rancune contre cette sœur indigne. Chaque jour, une prière s’élevait pour elle vers le ciel, mais son souvenir lui était demeuré extrêmement pénible… Bien rarement, cependant, il lui était rappelé, car elle n’avait plus donné signe de vie, et c’était par un journal qu’il avait appris, cinq ans auparavant, son mariage avec Roger Maublars — réalisation du rêve de toute sa vie… Georgina était désormais la seule à plaindre de la famille.

Alix avait appuyé sa tête au dossier de son fauteuil et, croisant les mains sur ses genoux, elle revivait aussi les jours écoulés, les heures douloureuses qui avaient suivi son arrivée à Bred’Languest, les angoisses, les espérances, les émotions tristes ou joyeuses qui avaient traversé sa vie durant sa première année de séjour au manoir. De ces souffrances, elle ne regrettait rien, et les sacrifices accomplis, de même que ceux demandés aujourd’hui, ne laissaient jamais en elle qu’une paix incomparable. Elle avait pour gage le bonheur éprouvé malgré l’obscurité qui l’environnait désormais, cette cécité provenant d’un cri de douleur et d’un élan de charité à la vue d’Even chancelant, privé de raison : « Mon Dieu, prenez tout…, prenez mes yeux, s’il le faut, afin qu’il voie votre Lumière… Pour lui, pour mes frères, pour eux tous, ô mon Dieu ! »

L’offrande avait été acceptée. La lumière avait lui sur cette demeure, la vie s’y était déversée à flots… mais deux yeux rayonnants d’angélique beauté s’étaient voilés pour toujours.


· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·