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Comme tout le monde

revivre l’enchantement de ses premières années en cette gamine sortie d’elle et qu’elle imaginait toute semblable à sa propre enfance. Mais un autre sang que le sien court dans les veines de mademoiselle Zozo.

Isabelle ne se reconnaît pas sous les traits ni dans l’âme de cette petite fille qu’elle a faite. Du reste, cette petite fille ne sera ni comme son père, ni comme sa mère. Les deux races, en s’unissant, en ont constitué une troisième. Et puis mademoiselle Zozo est d’une autre génération. Elle a vu passer les premières automobiles. Elle goûte peu les contes de fées ; les chansons anglaises ne la font pas rêver.

Isabelle ne s’avoue pas encore sa tristesse. Mais comme elle surveille anxieusement l’âme de sa petite fille !

Aujourd’hui, pourtant, son exaltation la porte à voir tout en beau. C’est à partir d’aujourd’hui que la vie va commencer. « La maison que nous habiterons, Léon me l’a dit, est au milieu d’un jardin. Zozo ne connaît pas les jardins. Lorsque je lui raconterai de belles histoires, autour de la pelouse, elle comprendra tout. Quant au petit lion, c’est un garçon, je ne connais pas cela. Mais je tâcherai tout de même de lui apprendre les fées. »

Isabelle se redressa sur les capitons de la ban-