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CONSIDÉRATIONS

noncer qu’un peuple n’est pas fait pour être libre, ce qui dans le fond est une phrase vide de sens : car peut-il exister des hommes auxquels la sécurité, l’émulation, le développement paisible de leur industrie, et la jouissance non troublée des fruits de leurs travaux, ne conviennent pas ? Et si une nation étoit condamnée par une malédiction du ciel à ne pratiquer jamais ni la justice ni la morale publique, pourquoi une partie de cette nation se croiroit-elle exempte de la malédiction prononcée sur la race ? Si tous sont également incapables d’aucune vertu, quelle partie contraindra l’autre à en avoir ?

Depuis vingt-cinq ans, dit-on encore, il n’y a pas eu un gouvernement fondé par la révolution, qui ne se soit montré fou ou méchant. Soit, mais la nation a été sans cesse agitée par les troubles civils, et toutes les nations dans cet état se ressemblent. Il existe dans l’espèce humaine des dispositions qui se retrouvent toujours, quand les mêmes circonstances les produisent au dehors. Mais, s’il n’y a pas eu une époque de la révolution à laquelle le crime n’ait eu sa part, il n’y en a pas une aussi où de grandes vertus ne se soient développées. L’amour de la patrie, la volonté d’assurer son indépendance