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DE LA MORALE SCIENTIFIQUE.

CHAPITRE XV.

De la morale scientifique.


On a voulu tout démontrer depuis que le goût des sciences exactes s’est emparé des esprits, et le calcul des probabilités permettant de soumettre l’incertain même à des règles, l’on s’est flatté de résoudre mathématiquement toutes les difficultés que présentoient les questions les plus délicates, et de faire ainsi régner l’algèbre sur l’univers. Des philosophes en Allemagne ont aussi prétendu donner à la morale les avantages d’une science, rigoureusement prouvée dans ses principes comme dans ses conséquences, et qui n’admet ni objection ni exception dès qu’on adopte la première base. Kant et Fichte ont essayé ce travail métaphysique, et Schleiermacher, le traducteur de Platon, et l’auteur de plusieurs discours sur la religion, dont nous parlerons dans la section