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LA PHILOSOPHIE ET LA MORALE.

notre conviction intime et de nos émotions spontanées.

Il y a dans le style des qualités qui tiennent à la vérité même du sentiment, il y en a qui dépendent de la correction grammaticale. On auroit de la peine à faire comprendre à des Allemands que la première chose à examiner dans un ouvrage, c’est la manière dont il est écrit, et que l’exécution doit l’emporter sur la conception. La philosophie expérimentale estime un ouvrage surtout par la forme ingénieuse et lucide sous laquelle il est présenté ; la philosophie idéaliste, au contraire, toujours attirée vers le foyer de l’âme, n’admire que les écrivains qui s’en rapprochent.

Il faut l’avouer aussi, l’habitude de creuser dans les mystères les plus cachés de notre être donne du penchant pour ce qu’il y a de plus profond et quelquefois de plus obscur dans la pensée : aussi les Allemands mêlent-ils trop souvent la métaphysique à la poésie.

La nouvelle philosophie inspire le besoin de s’élever jusqu’aux pensées et aux sentiments sans bornes. Cette impulsion peut être favorable au génie, mais elle ne l’est qu’à lui, et souvent elle donne à ceux qui n’en ont pas des prétentions