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Page:De Forges, de Leuven, Roch - L'alcôve.pdf/7

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les cherches-tu ? Il faut, pour oser te permettre chez moi une pareille algarade à cette heure de la nuit, et pour courir les rues par l’abominable temps qu’il fait, que tu aies au moins triplé ton énorme ration de kirsch de Faucogney. Laisse-moi travailler, au nom de Dieu, car je n’ai pas de temps à perdre avec des fous. »

« — Je ne suis ni fou, ni ivre, mon officier, répondit Jean Leblanc, en secouant la tête. Un émigré était caché dans une maison voisine, c’est de notoriété publique ; nous l’avons débusqué il n’y a pas dix minutes, et mes camarades n’ont perdu sa trace qu’à quelques pas de votre porte. »

— As-tu réfléchi, repris-je en appuyant fortement ma main sur son épaule, « que le même chemin conduit à la tienne, et que le lit de Suzanne Leblanc, l’aimable et honorée femme d’un homme de ta connaissance, qui ne rentre jamais chez lui qu’au coucher du soleil, est un asile plus sûr pour un émigré qui se cache que le cabinet d’un commissaire extraordinaire du Directoire exécutif. »

A ces mots toute la bande partit d’un bruyant éclat de rire, Jean Leblanc excepté.

« D’ailleurs, continua-t-il d’un ton un peu boudeur, mais en évitant de me répondre directement, et comme s’il ne m’avait pas entendu, d’ailleurs ces lumières que je n’ai jamais remarquées chez vous à une heure aussi indue, prouvent assez qu’il s’y passe quelque chose, et que nous n’y sommes pas venus sans raison.

— Elles prouvent, ami Jean Leblanc, que vous raisonnez comme un étourdi ; quand on veut cach quelqu’un chez soi, on n’allume pas ses chandelles ; on les éteint. »

Ici les éclats de rire redoublèrent, et je me crus délivré. L’escouade inquisitoriale avait déjà passée la porte, quand un de mes braves s’avisa de dire : « Pourquoi n’avons-nous pas visité l’alcôve ? » Ils rentrèrent. « L’alcôve ! l’alcôve ! cria Jean Leblanc. »