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Page:De Forges, de Leuven, Roch - L'alcôve.pdf/17

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MARIELLE, soupirant.

C’est donc bien décidément aujourd’hui que vous nous quittez, monsieur Raymond ?


RAYMOND.

Est-que ça vous fait de la peine ?


MARIELLE.

Dam !… Quand on pense que peut-être on ne se reverra plus…


RAYMOND.

Par exemple… Est-ce que je ne reviendrai pas dans quelques jours pour finir ma tournée de recrutement dans ce pays ci ?


MARIELLE, avec joie.

Et vous logerez chez nous ?


RAYMOND.

Si ça ne vous dérange pas.


MARIELLE.

Nous déranger… Ah ! bien oui… Moi, d’abord, depuis quinze jours, je suis habituée à vous voir, à causer avec vous, à vous entendre chanter…. Et, pendant votre absence, je suis sûre que je vais être toute triste.


RAYMOND.

Vous m’aimez donc un peu ?…


MARIELLE, baissant les yeux.

Je vous aime… comme un frère.


RAYMOND.

Comme un frère.… c’est bien gentil… mais j’aimerais mieux autrement…. Enfin, vaut mieux ça que rien, puisque vous êtes mariée, mam’selle Marielle, c’est-à-dire madame Sauvageot… je peux jamais prononcer ce diable de nom-là… il me reste dans le gosier.


MARIELLE.

Le fait est qu’il n’est pas très-beau…


RAYMOND.

C’est que je suis encore à concevoir comment une femme si gentille a pu prendre un mari pareil… Car, c’est un vrai paour que votre Sauvageot.


MARIELLE.

Monsieur Raymond !


RAYMOND.

Excusez… c’est votre mari… C’est qu’il est avare, bête, méchant…


MARIELLE.

De grâce !…


RAYMOND.

Excusez, c’est votre mari… Et puis… Je suis sûr que vous faites mauvais ménage… D’abord, pendant le jour, il n’est presque jamais auprès de vous, et, la nuit, il couche là-bas à sa ferme