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dérogation aux droits de la couronne pourroît n’être pas reſpectée par vos ſucceſſeurs. Je ſuis ſi peu d’avis que ce ſoit vraiment un droit de la couronne que ſi, on venoit enlever mon pere, ma femme, ou ſeulement ma ſervante en vertu d’une lettre de cachet, je m’oppoſerois de toutes mes forces à ſon exécution ; peut-être ſerais-je maſſacré dans la bagarre, mais ſi je tuois ou maltraitois les gens de votre miniſtre on me mettroit en priſon & on me feroit mon procès comme rebelle à vos ordres. Alors je demanderois en vertu de quelle loi vous avez pu donner de tels ordres, en vertu de quelle loi j’ai du reſpecter votre Miniſre ou ceux qu’il avoit employés lorſqu’ils exerçoient chez moi une violence que leur caractere public ne rendoit pas légitime ? Sire, il eſt impoſſible de trouver dans les loix de votre royaume le fondement du droit d’empriſonner par lettres de cachet & vous ne pouvez le fonder que ſur l’uſage ; mais un pareil droit ne peut ſe maintenir que par un autre droit de même eſpece, le droit du plus fort, & ſi des mécontens