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à l’homme obſcur & pauvre, dont le fils aura ſubi un ſuplice honteux ! Que ferait-il dans un pays étranger où il n’auroit porté que ſa triſteſſe & ſa miſere, au milieu d’inconnus dont rien ne lui attireroit la conſidération ni les ſecours ! & s’il reſte dans ſa patrie, pourra-t-il reſter dans ſa ville, dans ſon quartier, dans ſon attelier, dans l’endroit ſeul ou il pouvoit gagner de quoi ſoutenir ſon exiſtence ! Les regards mépriſans, les reproches groſſiers ne lui rappeleroient-ils pas à chaque inſtant, le jour affreux du ſupplice de ſon fils, à moins que, le fuyant comme ſi ſon infortune étoit contagieuſe, on ne le laiſſat totalement ſeul avec ſa malheureuſe Famille ! Sire, ne me ſéparez jamais du reſte de mes concitoyens. Ne m’accordez jamais de faveur qui ſoit pour d’autres une cruauté & une injuſtice. Mon fils eſt juſqu’ici maître de ſes actions & propriétaire de ſon bien comme moi ; qu’il foit libre comme moi ; s’il devient coupable, qu’il ſoit puni comme le plus obſcur de vos ſujets.