Page:De Charrière - Bien-né. Nouvelles et anecdotes. Apologie de la flatterie.djvu/27

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
18

mon fils ſe ſera rendu coupable de quelqu’action contre laquelle la loi devra ſévir, & le tribunal où je ſiège, prononcer une peine qui m’en banniroit, ſans doute, en même-tems qu’elle me rendroit le plus malheureux des hommes, & qu’elle marqueroit mes autres enfans & les enfans du coupable d’une flétriſſure éternelle. J’ai, Sire, en effet, tous ces maux à redouter : deux fois déjà j’ai craint qu’une plainte formelle n’accusât mon fils d’un délit grave, & qu’il ne pût ſe défendre, mais jamais je ne demanderai que le pouvoir vienne le ſouſtraire aux loix, ou ſi j’ai la foibleſſe de le demander, rejettez, Sire, ma priere, regardez-la comme le délire de la douleur, & qu’un pere affligé ne vous faſſe pas oublier l’égalité que le pere commun de l’Etat doit mettre entre ſes enfans. Et pour qui les rigueurs de la loi ſeront-elles donc réſervées ? Pour ceux chez qui la loi ne protége rien, qui, n’ayant nulle propriété, n’ont pas beſoin des loix pour la défendre, ou dont la vie indifférente, ignorée, n’a à craindre que le froid & la faim. Non, ces