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MÉMOIRES SECRETS

de Rouen. On a déjà parlé de cette dernière. Il se récrie dans l’un et l’autre sur les craintes qu’a occasionées l’exportation. Il attaque entre autres les Remontrances du Parlement de Rouen, et provoque cette cour, avec une hardiesse et une véhémence qui caractérisent un homme très-abondant dans son sens. Cet ouvrage fait grand bruit.

— Il est question de créer à l’Académie des Belles-Lettres deux places d’honoraires de plus, et deux places de pensionnaires. Les deux premières paraissent destinées au cardinal de Bernis et à M. de Boulogne, intendant des finances. Les deux plus anciens des associés monteront à celles de pensionnaires, qui seront désormais fixées à douze, ainsi que celles d’honoraires, et il se trouvera deux places d’associés à donner.

Ier Mai. — Toutes les circonstances de la communion pascale de M. de Voltaire sont remarquables : voici l’ordre et la marche de cette cérémonie[1]. Il faut savoir d’abord qu’il a fait bâtir l’église paroissiale de Ferney, avec cette inscription, très-propre à fournir matière aux dissertations des commentateurs futurs : Dicavit Deo de Voltaire[2]. M. de Voltaire est parti de chez lui, précédé de deux de ses gens portant des hallebardes, en forme de suisses. Venait après l’architecte avec le plan de l’église, espèce d’offrande que le catéchumène faisait précéder comme acte de sa réconciliation. Il marchait ensuite, avec la figure d’un pénitent, avec la componction sur le visage et sans doute dans le cœur. Deux gardes-chasses fermaient la marche, la baïonnette au bout du fusil. À

  1. La cérémonie burlesque que l’on se plaît à décrire ici est une pure dérision : tout cela est de la plus grande fausseté. — W.
  2. Le rédacteur estropie l’inscription de l’église, qui est : Deo erexit Voltaire. — W.