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besoin de quelqu’un pour prendre charge de son étude d’avocat, d’un jeune homme de talent.

Laurier, à qui il s’adressa, accepta cette charge.

C’est alors que je connus et que j’appris à apprécier son intelligence et son caractère. Son bureau était voisin de celui où nous écrivions nos articles enflammés contre la Confédération ; nous le voyions tous les jours ; il passait et repassait au milieu de nous, calme, grave même, l’air mélancolique et maladif, mais toujours poli, affable, bienveillant. Nous avions pour lui un sentiment d’amitié mêlé de respect et de sympathie, car il nous semblait voir sur sa figure pâle et triste les ombres de la mort.

Il y a quarante ans qu’il dément les prévisions et les pronostics sur la durée de sa vie, et il ne paraît pas avoir fini. Mais aussi il y a quarante ans qu’il prend sagement les moyens de vivre longuement.

Il souffrait déjà de cette maladie de poumons qui faillit plus d’une fois l’enlever à l’amitié de ses amis et aux espérances du pays.

C’est en grande partie dans l’intérêt de sa santé qu’il se décida, en 1866, à quitter la ville pour aller s’établir à Arthabaska et remplacer un homme dont le nom et les œuvres faisaient l’admiration du pays. Cet homme, c’était Éric Dorion, surnomme l’« Enfant Terrible », le plus actif, le plus enthousiaste des membres de la grande famille qui a donné au pays l’ancien juge en chef Dorion et son frère Wilfrid.

Éric Dorion, après s’être fait remarquer dans le journalisme libéral, par des écrits d’une grande énergie en faveur de la colonisation, avait résolu, un jour, de mettre en pratique ses théories, de donner un bon exemple à ses compatriotes, en se faisant colon, défricheur. Il s’était dirigé vers ces fameux townships de l’Est, qui semblaient fermés aux Canadiens-Français ; il s’était enfoncé dans les forêts où prospèrent maintenant des paroisses et des villages nom-