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LAURIER ET SON TEMPS

l’intérêt en Angleterre, y était débattue. Et avec toute mon expérience, si variée, je ne puis me rappeler aucun chef politique d’un attrait personnel aussi puissant que sir Wilfrid Laurier.

« Je ne l’ai jamais rencontré en dehors de la Chambre des Communes.

« Je le connais seulement pour l’avoir vu et observé au parlement ; mais il me parut toujours doué d’une fascination plus grande qu’aucun des chefs que j’ai pu voir et observer à la Chambre des Communes anglaise, de 1882 à 1892. De fait, je crois qu’il est impossible à quiconque fréquente un peu la tribune de la presse à Ottawa, de ne pas subir son charme attirant. J’ai vu plusieurs hommes politiques coloniaux ; mais sir Wilfrid Laurier est le seul qui aurait pu devenir une figure nationale, s’il se fût trouvé transporté dans la Chambre des Communes de Westminster. Il est né parlementaire. Jamais un Canadien n’a eu à un aussi haut degré les qualités d’un chef politique. La figure, la voix, les manières, le tempérament, la formation intellectuelle et l’éducation morale, tout cela se réunit pour faire de lui l’homme qui eût pu être l’un des parlementaires anglais contemporains les plus distingués.

« Sir Wilfrd Laurier a une figure qui ressemble beaucoup pour l’expression, à celle de Gladstone. Il parle l’anglais (qui n’est pourtant pas sa langue maternelle), de manière à charmer au-delà de toute expression son auditoire. Sa conduite envers ses adversaires a toujours été chevaleresque. Nos parlementaires de Westminster, sans exception, pourraient l’étudier avec profit.

« Rarement, sir Wilfrid Laurier parle à la Chambre plus d’une heure. Et il a l’art de faire tenir dans un discours très court une foule d’idées remarquables.

« Jamais, je ne l’ai vu au parlement canadien sans souhaiter qu’il ne se trouvât plutôt sur les bancs de Westminster. Il serait alors facile de décider qui serait le chef des libéraux et prochain premier ministre d’Angleterre. »